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Wait and see : un impératif de court terme pour les banques centrales
information fournie par Le Cercle des économistes 23/03/2026 à 08:24

Christian de Boissieu
Christian de Boissieu

Christian de Boissieu

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Professeur Émérite d?économie

https://www.pantheonsorbonne.fr/accueil

Les sièges respectifs de la Fed et de la BCE. (Crédits: Federal Reserve  / BCE)

Les sièges respectifs de la Fed et de la BCE. (Crédits: Federal Reserve / BCE)

Avec la guerre et le choc énergétique qu'elle engendre, les banques centrales sont confrontées à un dilemme inconfortable mais très classique.

D'un côté, la montée brutale des prix du pétrole et du gaz provoque un rebond soudain de l'inflation et surtout, pour le moment, des anticipations inflationnistes, faisant suite à une phase de désinflation du moins en zone euro. Désormais, la BCE prévoit pour cette année une inflation moyenne pour la zone de 2,6% (contre seulement 1,9% prévu en décembre dernier), et encore ce chiffre n'intègre pas les derniers développements.

À lire aussi | La BCE maintient ses taux face à l'incertitude liée à la guerre en Iran

Même révision un peu partout des prévisions d'inflation, d'autant plus du côté de la Fed que l'effet droits de douane s'ajoute au choc énergétique pour peser sur l'inflation américaine. Or, la plupart des banques centrales des pays avancés se fixent un objectif d'inflation de 2% par an, seuil qui a toutes chances d'être dépassé en 2026 et peut-être encore en 2027.

De l'autre côté, le choc énergétique va peser sur l'investissement et sur la consommation, donc sur la croissance et l'emploi via de multiples canaux, parmi lesquels on ne saurait sous-estimer l'effet de la hausse des taux d'intérêt à long terme et de la perte de confiance du côté des ménages et des entreprises. Un baril durablement au-dessus de 100 dollars pourrait diviser par 2 la croissance de la zone euro pour 2026 qui, au début de l'année, était déjà anticipée au modeste taux de 1,2%.

Le scénario de stagflation est de retour

Le scénario de la stagflation (accélération de l'inflation et chute de l'activité) est donc de retour, sans qu'il faille à ce stade faire des assimilations avec 1974 ou 2022. Le rebond de l'inflation pousserait les banques centrales à relever leurs taux directeurs, la menace sur la croissance les inciterait à les réduire.

Le dilemme est encore plus compliqué pour la Fed , qui a un mandat dual dans lequel la lutte contre l'inflation et la promotion de l'activité et de l'emploi sont les objectifs premiers au même niveau et qui, de plus, doit résister aux appels incessants et déplacés de Donald Trump en faveur d'une baisse des taux, en particulier pour favoriser un recul du dollar. En apparence, ce dilemme serait moins aigu pour la BCE, dont le mandat est plus hiérarchisé car centré sur la lutte contre l'inflation. Mais, en pratique, comme la Fed et les autres banques centrales, la BCE doit pondérer les deux risques négatifs de la stagflation.

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Bien malin celui ou celle qui aujourd'hui peut prévoir la durée de la guerre et l'ampleur du choc énergétique. Quand on ne sait pas , il faut le dire et ne pas faire semblant d'y voir clair. Christine Lagarde comme Jerome Powell ont eu raison d'envoyer un message limpide dans un contexte qui ne l'est pas du tout : « We just don't know ». D'où le statu quo sur les taux directeurs des deux côtés de l'Atlantique, qui relève d'une sorte de principe de précaution en attendant la suite des événements.

Ne pas oublier les taux de change

En pratique, les banques centrales, avant de bouger, vont devoir pondérer les risques. Le choc sur les prix va-t-il être transitoire ou durable ? Cela dépendra en partie de l'intervention possible d'effets de deuxième tour (sur les salaires, sur les marges…), et l'incertitude reste totale sur le sujet.

Le scénario le plus raisonnable, et le plus probable, serait que les banques centrales ne touchent pas à leurs taux directeurs (2% pour les facilités de dépôts auprès de la BCE, entre 3,50 et 3,75 % pour la Fed) au moins jusqu'à l'été, et tant que le brouillard demeure aussi épais. Les inconvénients d'un resserrement monétaire prématuré ne sauraient être sous-estimés tant l'activité et la confiance sont chancelantes. La hausse des taux longs, par ses impacts négatifs sur l'activité, est en train de «compenser» un peu le statu quo sur les taux courts…

Il ne faut pas oublier la question des taux de change. La banque centrale qui dégainera, à la hausse ou à la baisse,  la première est susceptible d'agir sur les changes. Le dollar a monté ces derniers jours vis-à-vis de l'euro pour différentes raisons (rôle de valeur refuge du billet vert, auto-suffisance énergétique des Etats-Unis, anticipation d'un resserrement monétaire américain…)

On voit mal la Fed relever, seule, son taux directeur alors que la tendance du dollar est  haussière à très court terme , que Donald Trump continue à réclamer des baisses de taux et à tempêter contre Jérôme Powell surnommé par lui «Mr.too-late», et que l'arrivée de son successeur (Kevin Warsh) en mai va se faire dans un contexte juridico-économique compliqué.

On comprend mieux pourquoi aucun membre du Comité de politique monétaire (FOMC) ne prévoit pour 2026 de relèvement du taux directeur de la Fed. La semaine écoulée, ils prédisaient les uns une stabilité , les autres une ou plusieurs décrues de ce taux  d'ici la fin de 2026. Pour eux qui sont les décideurs monétaires aux Etats-Unis, il n'y a pas beaucoup de distance entre les prévisions et les intentions…

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